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Les étiquettes, c’est fait pour les bouteilles, pas pour les individus

Publié 9 juin 2022 Mis à jour 13 juillet 2022
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Le NAPTOSA est le deuxième plus grand syndicat d'enseignants d'Afrique du Sud. Depuis 1904, il œuvre pour l'éducation par le biais de ses structures historiques. Les dirigeant·e·s et les membres du NAPTOSA représentent la diversité raciale du pays et sont ouvert·e·s à la communauté LGBTQI+.

La Constitution sud-africaine interdit toute discrimination fondée sur l'orientation sexuelle, garantissant ainsi l'égalité pour la communauté LGBTQI+. Le département de l'Éducation du Cap occidental (WCED) a publié une directive sur l'identité de genre et l'orientation sexuelle qui devrait être ratifiée et adoptée avant la fin de l'année. Le NAPTOSA soutient cette directive, qui s’appuie sur la constitution et les principes fondateurs du syndicat.

Le NAPTOSA considère l'exclusion comme une forme d'abus et condamne toute personne qui en fait souffrir de jeunes enfants. Le NAPTOSA soutient la diversité. La constitution du NAPTOSA et sa politique en matière de genre encouragent clairement les membres issus de groupes ayant été marginalisés par le passé à jouer un rôle actif dans les structures de direction au sein du syndicat.

Cet article est la troisième et dernière contribution à une série de blogs lancée à l'occasion de la Journée internationale contre l'homophobie, la biphobie et la transphobie, le 17 mai.

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« J'étais enfermé dans un carcan de croyances religieuses, de normes et de valeurs familiales et sociales. J'ai suivi mes convictions personnelles pour faire mon coming-out à l'âge de 22 ans, à l'université. Mais j’ai ensuite été placé dans une nouvelle case. Lorsque je lui ai expliqué ce que je vivais, ma mère m'a dit : « Mon fils, es-tu sûr que ce n'est pas juste une phase ? » C'était probablement le cas à ce moment-là, mais…

Je suis Charles Adams. Je m’identifie comme Charles. J'ai toujours été et je serai toujours ce Charles en mission, prêt à affronter tout ce qui se présente à moi. Je ne me conforme pas aux attentes des autres, mais plutôt à l’idéal que je me suis forgé de moi-même – sans jamais laisser Dieu en dehors de ces choix.

Ma mère me disait toujours : « Quand nous rendons visite à tel oncle ou telle tante, présente ton copain comme un ami, car cette génération ne pourra pas comprendre », mais je savais au fond de moi que ma mère avait, à sa manière, du mal à accepter mes choix, même si elle se montrait très aimante et me soutenait.

J’ai reçu une éducation catholique stricte, où l'on pensait que si l'on tombait dans l'homosexualité, notre âme était condamnée. Je suis toujours catholique pratiquant. Ma mère est très impliquée dans la vie de l'église. Mon défunt père était dirigeant politique et mécanicien de métier, un mari d'un grand soutien et un père dévoué, avec des opinions bien arrêtées sur l'homosexualité. Mon défunt frère aîné ne s'est jamais marié, mais a passé sa vie avec une femme qui avait le double de son âge, ses propres enfants et était déjà grand-mère de deux petits-enfants. Je suis le cadet. Mon petit frère est transgenre. Nous sommes une famille d’une grande diversité, privilégiée par Dieu.

Grandir dans une petite ville où tout le monde sait tout de vous n'a pas toujours été facile. Mais je me suis forgé une carapace épaisse pour me protéger des remarques et j’ai accueilli pleinement chaque expérience sur mon parcours. Comme tous les garçons de mon âge à mon époque, je jouais, me battais, criais, allais à la pêche, m'attirais toutes sortes d'ennuis et faisais beaucoup d’expériences. J'aimais particulièrement les week-ends, car notre maison était le point de passage de tous nos amis et cousins. La maison était toujours remplie de monde. Je pouvais jouer au football, au cricket ou à la poupée.

Au lycée, vers la dixième année, j'ai enfin eu une petite amie. C'est l'année de mon diplôme, après deux ans de relation, que tout a basculé. J'ai commencé à m'interroger sur ma sexualité et je voulais savoir pourquoi je ressentais les mêmes émotions envers ma petite amie que lorsque je regardais une personne du même genre. S'agissait-il d'un désir sexuel ou d'un attachement émotionnel ?

J'ai toujours été convaincu que l'engagement d'une vie se faisait envers une seule personne, j'ai donc vécu de nombreuses relations avec des garçons et des filles en appréciant ce processus de sélection. Mais j'ai réalisé que je ne me souciais pas du genre. J'aimais, tout simplement. À l'époque, un homme en particulier, dans un club gay de Durban, le Lounge, m'a fait littéralement tomber à la renverse (paix à son âme, il a été abattu dans l'exercice de ses fonctions). C'est à ce moment-là que je me suis rendu compte que j'aimais tout le monde, mais que j'étais attiré physiquement et sexuellement par mon propre genre. Je suis désormais en couple depuis 6 ans avec celui qui fait battre mon cœur. Jamais je n’aurais imaginé que j'aurais la chance d'aimer et de partager ma vie avec quelqu'un d'aussi spécial.

Quelle influence cela a-t-il eue sur ma façon de fonctionner en tant qu'éducateur et leader d'une communauté ? C'est simple : je vis ma vie et je fais mon travail. J’applique ce précepte : « Ils sauront que je suis chrétien parce que j’aime ». Le fait que j’assume ouvertement mes préférences sexuelles facilite la communication avec mes élèves et mes pairs, car il n’y a pas de barrières entre nous. Les gens me trouvent accessible parce que je n'ai pas d'intentions cachées et que je suis authentique. Bien que les idées d’un certain nombre soient marquées par d’anciennes désinformations, confusions et fausses vérités, j'ai davantage d'espoir concernant la génération actuelle, car la plupart ne voient pas les étiquettes (à moins qu'on ne leur apprenne) : ils me voient, moi. Et j’en éprouve une immense reconnaissance. J'enseigne actuellement dans une école primaire, mais j’ai également enseigné dans un lycée pendant 5 ans. La seule différence est que les élèves du primaire sont plus curieux. Par ailleurs, parce que je suis transparent sur qui je suis et ce que je défends, j'ai gagné le respect de mes élèves de lycée et j'ai apprécié mon expérience d'enseignement avec eux.

Ce que je voudrais vous dire, c'est que la façon dont vous vous identifiez ne devrait pas être basée sur des étiquettes, mais sur la manière dont vous voulez vivre votre vie. Définissez vos propres règles, celles qui vous conviennent, et sachez qu'il n'y a pas de limites, seulement des obstacles. Vivez pleinement votre vie. Soyez vous-même devant vos élèves et vos pairs – vous n’en serez que davantage respecté. Sachez ce que vous voulez, ne vous contentez pas de peu. Et surtout, rappelez-vous, les étiquettes, c’est fait pour les bouteilles, pas pour les individus. »

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Lisez les articles précédents de cette série de blogs :

De la responsabilité des enseignant·e·s vis-à-vis des étudiant·e·s LGBTQI

Vers des établissements éducatifs inclusifs et respectueux des personnes LGBTI en Amérique latine

Vous pouvez également consulter la Déclaration de l’Internationale de l’Éducation à l'occasion de la Journée internationale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie : Journée internationale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie : des écoles sûres et inclusives pour les élèves et les enseignant·e·s dans toute leur diversité

Le contenu et les avis exprimés dans ce blog sont ceux de son auteur et ne reflètent pas nécessairement la position officielle de l’Internationale de l’Education.