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Hussein Malla  / AP / ISOPIX
Hussein Malla / AP / ISOPIX

Les enseignant·e·s et étudiant·e·s du Liban ont besoin de la solidarité mondiale pour sauver leur système éducatif et garder espoir en un avenir meilleur. Le monde doit réagir.

Publié 28 mars 2022 Mis à jour 28 avril 2022
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L’échec du gouvernement et son incapacité à faire face à des crises qui se chevauchent ont paralysé le Liban. L’effondrement du système éducatif pourrait priver toute une génération de jeunes des possibilités que leur offre l’existence.

Le peuple libanais vit un cauchemar. Il a connu de multiples crises, notamment une énorme explosion dans le port de Beyrouth, un effondrement économique et une réponse insuffisante à la pandémie de COVID-19. La livre libanaise a perdu 90 % de sa valeur et le taux d’inflation annuel du pays s’envole, hors de contrôle.

Face à cette catastrophe, les partis et les institutions politiques ont laissé tomber le peuple et ont perdu toute crédibilité. Le pays est dans l’impasse politique et connaît une instabilité croissante.

Près de 700.000 enfants, soit un tiers de la population en âge scolaire, n’ont pas été scolarisé·e·s l’année dernière. Les enfants scolarisé·e·s, au nombre de 1,3 million, ont bénéficié d’un enseignement limité, soit 11 semaines au maximum selon les estimations, pendant les fermetures prolongées des écoles. Ces fermetures étaient dues aux effets conjugués des manifestations anti-gouvernementales, des mesures de confinement liées à la COVID-19 et de l’explosion du port de Beyrouth qui a endommagé 163 écoles. 

Une crise qui touche les enseignant·e·s et les écoles

Plus de 80 % de la population a sombré dans une profonde pauvreté et dans la détresse économique. Celles et ceux qui ont les moyens de fuir le pays s’en vont. La crise sociale et économique au Liban tourne au désastre éducatif, les enfants vulnérables risquant de ne jamais retourner à l’école.

Parmi les troubles et l’instabilité qui ont pesé sur les écoles, il convient de mentionner les manifestations civiles de 2019 et plusieurs grèves d’enseignant·e·s provoquées par les salaires non versés et par leur paiement tardif. Les enseignant·e·s et leurs syndicats ont attiré l’attention sur le déclin de la qualité de l’enseignement qui constitue une menace sérieuse pour l’avenir du Liban.

La plupart des écoles publiques du pays restent fermées car les enseignant·e·s réclament des salaires et des allocations plus élevés. Il·elle·s aspirent à un salaire décent.

Les enseignant·e·s tentent de faire face à la dure réalité qui est la leur. Nombreux·euses sont celles et ceux qui ont eu recours au covoiturage, faute de ne pouvoir payer l’essence. Certain·e·s ont acheté des fournitures scolaires pour que les élèves disposent d’un minimum de matériel d’apprentissage. Mais aujourd’hui, il·elle·s ne peuvent plus se le permettre.

La pénurie d’enseignant·e·s s’explique par l’absence de financement et de recrutement par le gouvernement. Un grand nombre d’élèves fréquentaient des écoles privées avant la crise. Mais nombre de familles libanaises qui ne sont plus en mesure de payer l’enseignement privé inscrivent à présent leurs enfants dans des établissements publics. Cette situation surcharge les écoles d’un système public en difficulté.

La fracture numérique accentue d’autres inégalités. À l’occasion des confinements, les organisations membres de l’Internationale de l’Éducation au Liban ont indiqué que les enfants qui ne disposaient pas d’ordinateurs, de connexions Internet ou d’un approvisionnement électrique fiable étaient privé·e·s de l’enseignement à distance. Elles ont souligné les répercussions tragiques des crises. Parallèlement à la fermeture des écoles, le travail des enfants s’est développé et de nombreuses filles ont été mariées de force. Les plus touché·e·s sont les enfants les plus pauvres et les nombreux·euses réfugié·e·s du pays.

Le gouvernement libanais abandonne les écoles, les enseignant·e·s et les étudiant·e·s dans ce contexte de crises aiguës, creusant ainsi les inégalités entre les quelques personnes qui peuvent encore financer une scolarité privée et les nombreuses autres qui en sont incapables.

La communauté internationale doit se mobiliser

Les dirigeants du Liban doivent apporter des réponses face à cette catastrophe. Dans le même temps, il est urgent que la communauté internationale s’engage pour sauver l’éducation au Liban, afin de préserver l’avenir du pays. Cela exige que « tout le monde soit sur le pont », au niveau du gouvernement, des bailleurs de fonds et des Nations Unies, afin d’éviter un désastre pour les enfants et le pays.

Le système éducatif doit être renforcé, notamment par la mise en place d’un cadre institutionnel propice aux négociations de bonne foi et au dialogue social.

La population en a assez de la corruption endémique, des entraves aux droits humains, notamment aux droits syndicaux, et de l’accès inégal à la protection sociale. Cela vaut pour tous les secteurs.

L’Internationale de l’Éducation appelle le gouvernement et la communauté internationale des bailleurs à s’efforcer de minimiser le fardeau économique qui pèse sur les enfants, les enseignant·e·s et les écoles.

Pour esquiver l’inaction du gouvernement, les retards et la corruption, les membres de l’Internationale de l’Éducation recommandent aux bailleurs internationaux de délivrer l’aide directement aux écoles, aux enseignant·e·s et aux parents, afin de garantir que tous les enfants du pays puissent aller à l’école.

Les conditions tragiques et exceptionnelles qui sévissent au Liban privent les enfants de leur droit à l’éducation. La situation désespérée du système éducatif cause un tort incalculable à cette génération et à l’ensemble de la communauté. Ces circonstances extraordinaires exigent une solidarité mondiale urgente de sorte que les jeunes, libanais·e·s comme réfugié·e·s, puissent garder espoir en un avenir meilleur.

Le contenu et les avis exprimés dans ce blog sont ceux de son auteur et ne reflètent pas nécessairement la position officielle de l’Internationale de l’Education.