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Inde: Le gouvernement critiqué pour son échec à garantir le droit à l’éducation

Publié 25 juillet 2016 Mis à jour 26 juillet 2016

Un nouveau rapport de l’Internationale de l’Education sur les entreprises éducatives actives à Hyderabad et à Delhi, en Inde, a révélé des inégalités éducatives dans le système public, tout en rassemblant monde politique, syndicats, parents et enseignant(e)s autour d’une cause commune.

Le monde politique s’est joint aux dirigeant(e)s nationaux/ales et locaux/ales des organisations membres indiennes de l’Internationale de l’Education (IE), à savoir l’AIPTF, l’AIFTO et l’AISTF, et aux centaines d’éducateurs/trices et de familles concernées lors du lancement de la dernière étude de l’IE, intitulée Tirer profit des pauvres: l’émergence d’entreprises éducatives multinationales à Hyderabad, en Inde (en anglais).  L’étude, coécrite par Sangeeta Kamat, Carol Anne Spreen et Indivar Jonnalagadda, soulève de graves inquiétudes quant à la commercialisation et à la privatisation croissantes de l’éducation en Inde.

Les conclusions révèlent que le gouvernement accorde aux prestataires privés des dérogations par rapport aux règles nationales relatives au personnel enseignant, au programme scolaire et aux établissements d’enseignement contenues dans la loi indienne sur le droit à l’éducation. Elles montrent également que le désinvestissement dans l’enseignement public a entraîné la détérioration et la fermeture d’écoles publiques. Le budget que l’Inde consacre à l’éducation s’établit à seulement 3,8 pour cent du produit national brut, soit bien en-deçà des 6 pour cent minimum recommandé par le cadre Education 2030 de l’UNESCO.

Il en résulte que les écoles payantes à but lucratif ciblant les communautés pauvres sont devenues un marché en pleine expansion en Inde et suscitent l’intérêt des entreprises internationales et des investisseurs étrangers. Les familles dépensent au moins un cinquième de leurs revenus mensuels par enfant afin que leurs enfants suivent des études primaires dans ces écoles, les coûts augmentant dans les classes supérieures.

Les inscriptions dans les écoles privées dépassent aujourd’hui 50 pour cent dans les régions de l’Andhra Pradesh (AP) et du Telangana et 80 pour cent pour la seule ville d’Hyderabad.

Le gouvernement de l’AP a récemment signé un protocole d’accord afin de sous-traiter ses écoles publiques à Bridge International Academies, une chaîne internationale d’écoles payantes à but lucratif, qui est fortement critiquée en Ouganda, au Kénya et au Liberia. Bridge a déclaré son intention de gérer 4.000 établissements scolaires dans l’AP.

Education gratuite de qualité, une obligation fondamentale de l’Etat

« L’éducation fournie par des prestataires privés ou des entreprises éducatives n’est ni gratuite ni équitable », a déclaré le Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’éducation, Kishore Singh, lors d’un événement de lancement organisé à Delhi. « C’est en contradiction flagrante avec l’Objectif de développement durable n° 4 fixé par la communauté internationale en 2015 et approuvé par le gouvernement indien ».

Singh a invité instamment le gouvernement à protéger l’éducation contre sa commercialisation et à soumettre les entreprises éducatives à l’obligation légale de remplir des conditions essentielles afin de garantir le droit de tous les élèves à une éducation de qualité.

« Aucune école privée ne devrait être autorisée à employer des enseignants sous-qualifiés et à déprofessionnaliser l’enseignement », a déclaré M Singh. « Dans la culture indienne, les enseignants sont très considérés et respectés. Il est crucial aujourd’hui de valoriser la profession enseignante. Les enseignants sont les gardiens d’une éducation de qualité. »

Angelo Gavrielatos, de l’IE, a souligné la nécessité de développer des alliances locales avec les parents, les élèves et la société civile pour mettre un terme à la commercialisation croissante de l’éducation. « Le danger de l’externalisation par le gouvernement de l’éducation à des entreprises commerciales est qu’elle menace non seulement les systèmes d’enseignement privé, mais aussi leur capacité à promouvoir la démocratie, la cohésion sociale et l’équité. »

Le rapport sur l’Inde s’inscrit dans le cadre des efforts globaux de l’IE de montrer et d’inverser la tendance à la commercialisation et à la privatisation de l’enseignement public.