Ei-iE

A l’approche de la COP 27, les leaders mondiaux ne répondent toujours aux attentes en matière d’éducation au changement climatique

Publié 7 novembre 2022 Mis à jour 28 novembre 2022
Écrit par:

À l’heure où tous les regards se tournent vers Charm el-Cheikh, en Égypte, pour la 27e Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP 27), la tâche des défenseurs et défenseuses de l’éducation au changement climatique s'annonce difficile.

À ce jour, 140 mises à jour, révisions ou nouvelles versions des Contributions déterminées au niveau national(CDN) [1] (lien en anglais) ont été soumises à la CCNUCC, et elles concernent 166 (c’est-à-dire 86 %) des signataires de l'accord de Paris sur le climat, dont des pays de l’Union européenne. Avec ces CDN, tous les pays ont obtenu une note insuffisante dans le rapport d’évaluation de l’IE sur les ambitions en matière d’éducation au changement climatique. Un peu moins d’un tiers de ces CDN mentionne l’éducation au changement climatique (ce sont, en majorité, celles des pays qui présentent la plus grande vulnérabilité au changement climatique (lien en anglais) et où les enfants (lien en anglais) sont le plus exposés aux dangers climatiques). Au niveau mondial, les jeunes et les générations à venir ont désespérément besoin d’un champion en matière d’éducation au changement climatique. Mais aucun véritable prétendant ne s'est encore manifesté.

Depuis ma dernière publication sur le sujet, deux pays dont les propositions étaient très attendues ont soumis leurs CDN : l’Égypte et l’Inde. Or, les CDN de l’une comme de l’autre ont reçu une note de F (voir cette première publication expliquant la méthode générale de notation). Ces deux évaluations de dernière minute sont significatives pour deux raisons.

Premièrement parce que c’est l'Égypte qui préside la COP 27. Il est essentiel que ce pays fasse preuve de leadership en matière d’éducation au changement climatique afin de maintenir la dynamique que la présidence du Royaume-Uni avait déclenchée lors de la COP 26 à Glasgow suite à la première réunion ministérielle conjointe jamais organisée entre ministres de l’Environnement et ministres de l’Éducation. À cette occasion, les ministres avaient pris des engagements pour investir dans « l’éducation pour un avenir durable » et les voix militantes issues de la jeunesse avaient fait valoir l’importance de soutenir la résilience climatique des générations présentes et futures, et surtout des filles, en investissant dans l’éducation au changement climatique. Bien que l’engagement nécessaire pour faire fructifier cet élan lors de la COP 27 fasse défaut aux CDN actuelles de l’Égypte, d’autres acteurs, comme l’Unesco, s’efforceront de garantir que la conférence de Charm el-Cheikh offre des opportunités aux pays de progresser et de créer une dynamique autour de l’éducation au changement climatique.

Deuxièmement, le fait que l’Inde obtienne une note insuffisante est significatif parce que ce pays est le troisième au monde en matière d’émissions de gaz à effet de serre, qu’il est régulièrement victime des conséquences aiguës du changement climatique et qu’on y trouve la plus importante population jeune au monde (population qui est aussi la plus exposée aux dangers climatiques dans le monde). De plus, en 1991, la Cour Suprême de l’Inde a ordonné (lien en anglais) que l’éducation à l’environnement et l’enseignement de la durabilité soient présents dans les programmes scolaires du primaire et du secondaire ; cependant, le pays a fait face à de grandes difficultés à mettre en œuvre (lien en anglais) cette décision. Le fait de mentionner l’éducation au changement climatique dans ses CDN aurait pu permettre à l’Inde de mobiliser des ressources nationales et internationales au service de son système éducatif. Mais le pays n'a pas saisi cette opportunité. En fait, ses CDN ne mentionnent l’éducation à aucun moment. Après celles de l’Égypte, les CDN mises à jour de l’Inde, très attendues, offraient une dernière chance à la communauté planétaire de voir un poids lourd de la crise climatique accorder sa priorité à l’éducation comme stratégie climatique.

Mais le tableau n’est pourtant pas totalement sombre. Le CDN mise à jour du Vanuatu (avec un score de 50%) rejoint désormais les CDN les mieux notées aux côtés du Cambodge (58%), de la République dominicaine (51%) et de la Colombie (50%). Durant la période où s’est déroulée cette évaluation, 19 pays ont soumis une deuxième ou troisième version, mise à jour ou revue, de leurs CDN. Les CDN de plusieurs pays ont montré certaines améliorations, en partant d'un score initial extrêmement bas. Voici quelques autres faits saillants porteurs d'espoir :

Meilleures améliorations

  • Les CDN mises à jour du Royaume-Uni (lien en anglais) ont augmenté leur note de 39 % , passant de F à B sur l’échelle de notation. Les CDN de ce pays ont surtout fait des avancées dans l’attention qu’elles accordent à l’éducation, comme le montre l’adoption récente par le ministère de l’Éducation d’une Stratégie pour la durabilité et le changement climatique dans les services à l’enfance et l’enseignement. Ce programme présente le plan de la Grande-Bretagne pour développer les connaissances des jeunes sur le monde naturel et leurs compétences écologiques pour les emplois verts. Si cette amélioration des CDN du Royaume-Uni offre une indication de l’impact que le fait de présider la COP peut avoir sur les ambitions en matière de politique d’éducation au changement climatique d’un pays, espérons que l’Égypte en fasse à son tour l’expérience.
  • Les CDN mises à jour de l'Ouganda (lien en anglais) ont augmenté leur note de 31 %, passant de F à C sur l’échelle de notation. Elles désignent le secteur éducatif comme l’un des 13 secteurs prioritaires de l’adaptation climatique, appellent à inclure le changement climatique dans le programme scolaire national et se réfèrent à la Stratégie nationale d’apprentissage du changement climatique que le pays a adoptée. Bien que les CDN mises à jour de l’Ouganda préconisent que les indicateurs de suivi soient ventilés par genre, elles ne précisent cependant pas que l’éducation au changement climatique dans le pays doit tenir compte de la dimension de genre. Et ceci bien que l’Ouganda occupe la 29e place de l'indice d'avancement de l'éducation des filles (lien en anglais).
  • Les CDN mises à jour du Vanuatu (lien en anglais) ont elles aussi augmenté leur note de 31 %, passant de D à A sur l’échelle de de notation. Elles font partie des 5 CDN qui reconnaissent le droit des jeunes à l’éducation et des 2 CDN (avec celles de l’Argentine) qui y font référence dans le contexte des bouleversements liés au climat. Les CDN du Vanuatu comprennent des objectifs assortis d'échéances pour améliorer la résilience climatique de l’infrastructure éducative ; elles veillent à inclure les savoirs indigènes dans les programmes scolaires et reconnaissent les situations de vulnérabilité spécifiques que le changement climatique entraîne pour l’éducation et les perspectives de vie des filles, rendant encore plus difficile leur accès à des informations importantes sur le climat.

Mention honorable pour les progrès réalisés

  • Les CDN mises à jour des Émirats arabes unis (EAU) (lien en anglais) méritent une attention particulière. Bien qu’elles ne se soient pas améliorées quant aux ambitions du paysen matière d’éducation au changement climatique (ni en ce qui concerne l’attention accordée à l’éducation, de façon générale), elles témoignent d’avancées dans la volonté d’autonomiser lesjeunes, notamment les filles et jeunes femmes, en tant qu’acteurs et actrices du changement dans l’action climatique. En particulier, les CDN mises à jour des EAU décrivent de façon très détaillée les efforts menés par le pays pour se forger une résilience climatique et une capacité d’adaptation au changement climatique en investissant dans les compétences de la jeunesse, et surtout des jeunes femmes en matière d’innovation environnementale et d’emplois verts. Une telle attention mérite d’être soulignée, dans la mesure où cette amélioration encore marginale pourrait être étendue et approfondie grâce à un travail de plaidoyer dans le courant de l’année prochaine, alors que le pays s’apprête à présider la COP 28.

Alors que la communauté du secteur de l’éducation devrait se réjouir de ces minces victoires, il ne faut pas oublier que les CDN de tous les pays ont reçu une note insuffisante, synonyme d’échec. Les CDN du Cambodge demeurent celles qui reçoivent la meilleure note, avec 58 % de satisfaction. Et dans les pays qui, durant la période où a eu lieu cette évaluation, ont eu une deuxième (voire une troisième) chance de consolider leurs ambitions politiques en matière d’éducation au changement climatique, seuls trois l’ont fait de façon significative. Des 19 pays qui ont soumis des CDN mises à jour ou revues, 6 voient leurs notes inchangées (ce qui veut dire qu’il n’y a eu ni progrès, ni régression), et 2 (le Soudan et la Zambie) obtiennent même une note moins bonne la seconde fois pour leurs objectifs en termes de politique d’éducation au changement climatique (voir le tableau ci-dessous).

Dans le domaine de l’éducation au changement climatique, le manque de leadership au niveau national est alarmant. Mais l’Ouganda, le Royaume-Uni et le Vanuatu nous montrent qu’il est possible de renforcer les ambitions d’un pays en peu de temps. Alors que le monde entier a les yeux tournés vers la COP 27, travaillons ensemble à élever les ambitions de chaque pays en matière d’éducation au changement climatique.

1. ^

On appelle « Contributions déterminées au niveau national » les plans d’action nationaux développés par les pays pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et s’adapter aux effets des changements climatiques.

Le contenu et les avis exprimés dans ce blog sont ceux de son auteur et ne reflètent pas nécessairement la position officielle de l’Internationale de l’Education.