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Les Finlandais se mobilisent pour la sécurité à l’école

Publié 19 janvier 2009 Mis à jour 19 janvier 2009

« Lorsque j'ai appris la terrible nouvelle à propos de Kauhajoki, j'étais sous le choc : pas ça, pas à nouveau ! », a déclaré Erkki Kangasniemi, Président du Syndicat des enseignants finlandais (OAJ).

Il faisait référence à la fusillade du 23 septembre 2008 : le jour le plus sombre de l'histoire de l'enseignement public en Finlande. Un étudiant de 22 ans a ouvert le feu sur 10 personnes, dont un professeur, dans un lycée technique de Kauhajoki, à l'ouest du pays. Cette tragédie était d'autant plus grave qu'il s'agissait de la deuxième fusillade de ce genre en moins d'un an. En novembre 2007, un étudiant de 18 ans avait tué huit personnes avant de se suicider dans un lycée du Sud de la Finlande. Ce qui choque particulièrement, c'est que ces deux fusillades aient eu lieu en Finlande, nation pacifique et progressiste reconnue pour l'excellence de son système d'éducation.

Ce qui est encore plus dérangeant, c'est que la deuxième semble être une copie conforme de la première. Les deux auteurs ont posté des vidéos menaçantes sur YouTube avant la fusillade. Tous deux ont utilisé un pistolet de calibre 22 acheté dans le même magasin et se sont tirés une balle dans la tête.

Erkki Kangasniemi s'inquiétait surtout pour les étudiants et les enseignants touchés, mais il sait que les écoles ont besoin d'aide, non seulement à Kauhajoki, mais dans tout le pays. L'OAJ a immédiatement publié un message de solidarité et de condoléances sur son site Internet ainsi que des informations en matière de gestion de crise destinées aux écoles. Le syndicat a aussi organisé des rencontres avec des experts afin de conseiller et d'aider ses membres vivant à Kauhajoki.

Après la première fusillade, l'OAJ a concentré ses efforts pour renforcer la sécurité au travail en impliquant les associations locales et les représentants syndicaux. Le syndicat a aussi collaboré avec le Ministère de l'Education à la création d'un comité sur la violence à l'école chargé de promouvoir la coopération avec les autorités et de mettre à jour les systèmes visant à répondre à ces incidents violents. Il a conçu et mis en œuvre un programme de formation centré sur la violence à l'école.

« Nous disposons déjà d’un rapport sur la violence dans le cadre du travail des enseignants, mais il ne couvre pas les meurtres », a expliqué Erkki Kangasniemi dans un e-mail. « Nous devons continuer nos travaux dans ce domaine. »

Il a par ailleurs indiqué que l'OAJ accentuerait ses exigences en faveur de classes moins nombreuses afin que les enseignants, à tous les niveaux, y compris l'enseignement technique, aient le temps et la possibilité de conseiller les étudiants et de leur montrer que la situation de chacun importe à leurs yeux. « Les enseignants ont besoin de temps pour établir un contact individuel avec chaque élève et le guider dans son apprentissage », a rappelé Erkki Kangasniemi.

Interrogé sur le fait que les deux meurtriers finlandais aient posté leurs vidéos sur YouTube, Erkki Kangasniemi a déclaré qu’Internet semble bel et bien jouer un rôle dans ces évènements violents parce qu'il permet à des jeunes à problèmes de mener une double vie et d'établir des contacts avec « la communauté hostile d'Internet ». A la suite de la fusillade, des rumeurs regrettables et des menaces de nouvelles violences ont envahi le cyberespace. Comme on peut s'en douter, certains élèves avaient peur de se rendre à l'école.

« D'après les spécialistes, la peur est une réaction normale, mais il ne faut pas se laisser dominer par ce sentiment », a affirmé Erkki Kangasniemi. Il a évoqué la nécessité pour les écoles de restaurer un climat de normalité afin que les élèves, les parents et les enseignants puissent peu à peu se remettre de ce traumatisme.

Il a également mis en garde sur le fait que « ces actes de violence montrent de manière extrême combien le bien-être des enfants et des jeunes se détériore ».

La société doit mettre en œuvre des mesures afin que de telles tragédies ne se reproduisent plus. Sans toutefois perdre de vue que la Finlande reste un pays sûr et pacifique où il n'est pas nécessaire que les écoles soient protégées par de hautes clôtures ou du personnel de sécurité.

De nombreux Finlandais ont appelé à davantage de vigilance quant au contenu des sites Internet, ainsi qu’à un renforcement de la législation sur les armes à feu. La Finlande compte en effet parmi les cinq pays au monde où le nombre de civils possédant une arme est le plus élevé et les jeunes peuvent légalement y posséder des armes à feu à partir de 15 ans. Le premier ministre Matti Vanhanen a déclaré que le gouvernement prendrait des mesures afin de réduire l'accès aux armes.

Cet article a été publié dans Mondes de l'Éducation, No. 28, décembre 2008.