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Une récente étude fait voler en éclats le mythe des écoles privées à bas coût

Publié 5 décembre 2016 Mis à jour 16 décembre 2016

Un nouveau rapport, qui s’est penché sur les activités de Bridge International Academies au Kenya, lève le voile sur la réalité qui se cache derrière le concept d’éducation de qualité « abordable » brandi par le prestataire privé à but lucratif.

« Bridge face à la réalité: les établissements scolaires à but lucratif de Bridge International Academies au Kenya passés au crible»: tel est l’intitulé du dernier rapport de l’Internationale de l’Education (IE) sur la commercialisation et la privatisation de l’éducation. Cette étude a analysé la réalité qui se cache derrière l’offre éducative de Bridge International Academies(BIA), prétendument fondée sur la qualité, l’accessibilité et le prix abordable.

BIA est une grande entreprise en pleine expansion qui fournit une éducation privée à but lucratif au Kenya, en Ouganda, au Nigeria et en Inde. Forte du financement et du soutien de l’entreprise internationale d’éducation Pearson, de la Banque mondiale, du département britannique en charge du Développement international et d’investisseurs d’envergure tels que Mark Zuckerberg et la Fondation Gates, BIA présente généralement ses services comme la meilleure solution face au manque d’accès à l’éducation des plus pauvres.

Une éducation de piètre qualité et inabordable

L’étude de l’IE révèle que BIA ne fournit pas une éducation de haute qualité à bas coût aux enfants les plus défavorisés du Kenya, mais bien une éducation de piètre qualité, inaccessible pour les plus pauvres et les personnes défavorisées, et inabordable pour la plupart des familles des communautés dans lesquelles la société exerce ses activités.

Plus spécifiquement, la majorité des étudiant(e)s de BIA au Kenya se voient dispenser des cours par des enseignant(e)s non qualifié(e)s et surchargé(e)s de travail. Les enseignant(e)s travaillant pour BIA sont contraint(e)s de baser leurs cours sur des programmes scolaires préformatés élaborés aux Etats-Unis. Les cours sont dispensés à partir de tablettes et laissent peu de (voire aucune) marge de manœuvre pour adapter les cours aux besoins d’apprentissage des étudiant(e)s. En outre, les programmes scolaires enseignés n’ont pas reçu l’approbation des autorités kényanes. Pis encore, l’autorité kényane en charge des programmes scolaires a décrété que « la majeure partie du contenu enseigné (par BIA) ne correspondait pas aux objectifs définis. »

En ce qui concerne le « caractère abordable » des cours, il apparaît que l’ensemble des frais et des charges incombant aux parents sont en réalité bien supérieurs à ceux qu’annonce l’entreprise lorsqu’elle assure la promotion de ses établissements. Certains parents d’étudiant(e)s ont confié que les frais de scolarité exigés par BIA les avaient poussés à s’endetter ou les empêchaient de se nourrir et de se soigner correctement. L’entreprise impose des mensualités strictes et régulières. Par conséquent, les étudiant(e)s qui accusent un retard de paiement se voient renvoyés des cours, voire de l’établissement.

Le développement du pays s’en ressent

La conclusion de l’étude est très claire: la présence d’écoles à but lucratif prétendument « à bas coût » entraîne des conséquences dramatiques sur le droit de chaque enfant à bénéficier d’une éducation gratuite de qualité.

La cible 4.1 des Objectifs de développement durable, ratifiés par le Kenya, stipule qu’il incombe aux gouvernements de faire en sorte que toutes les filles et tous les garçons suivent, sur un pied d’égalité, un cycle complet d’enseignement primaire et secondaire gratuit et de qualité, afin de générer des résultats d’apprentissage appropriés et efficaces. Par conséquent, le rapport recommande au gouvernement kényan à la fois de respecter son obligation de garantir un enseignement public gratuit de qualité et de renforcer les réglementations relatives à l’offre éducative alternative, afin de contraindre tous les prestataires à respecter des normes minimales au regard de l’embauche d’enseignant(e)s qualifié(e)s et de l’adhésion aux normes nationales qui régissent le programme et les infrastructures scolaires.

Pour consulter ce rapport, veuillez cliquer ici.